Spiritualité or not spiritualité ?
Je partage ici quelques réflexions personnelles...
1. La vie est une école sans mode d'emploi
Chacun d’entre nous est une conscience en évolution.
Celle-ci est venue sur Terre pour expérimenter, choisir, se tromper, s’améliorer, apprendre encore et encore, comprendre. Tout cela est assez éloigné d'une vie prévisible, maîtrisée, corsetée et supposée « parfaite » en tous points.
La spiritualité est une façon d’apprendre à danser avec la vie, ainsi qu'avec ses expériences alternativement heureuses et douloureuses.
Entre sidération face aux évènements, victimisation (syndrome du Calimero et son mantra : "c'est trop injuste..."), ou révolte... on peut aisément s'enfermer dans la douleur et la blessure d’injustice.
Prendre le recul qui permet de s'offrir des prises de conscience et de s’émanciper de la souffrance pour gagner en souveraineté peut parfois sembler insurmontable et pourtant...
Encore faut-il savoir de quelle spiritualité nous parlons. Car le mot est parfois encombré de représentations qui nous éloignent de son essence.
2. La spiritualité ne s’incarne pas à travers un enseignement universitaire
La spiritualité n’est pas un dogme qui s’apprend avec le mental, une tenue réglementaire ou un cours de méditation.
Elle est une expérience humaine qui se vit, se conscientise en cherchant des réponses, parfois de façon laborieuse, en tâtonnant, et en se trompant.
Elle n'est pas une collection de pratiques ou de croyances à afficher, ou à pratiquer comme un entraînement et sans conscience, mais une manière authentique d'habiter son être, et le monde, une façon d’incarner chaque jour son être intérieur.
Cette authenticité suppose de se libérer de quelques conditionnements solidement installés. À commencer par une injonction qui gouverne tant de nos choix : « il faut ».
3. La dictature du « il faut »
Il faut être marié à tel âge, réussir socialement de telle façon, suivre une trajectoire bien droite, faire un bisou à la dame même quand on n'en a pas envie…
À force de vouloir cocher toutes les cases, nous finissons parfois par déserter notre propre existence.
Pourquoi est-il si difficile d’accepter l’inconfort d’une forme de désapprobation sociale ?
Comme s’il y avait un risque vital à se libérer du besoin de plaire pour retrouver celui d'être vrai ?
Sortir des chemins tout tracés implique cependant d'accepter l'incertitude. Et avec elle, cette possibilité que nous redoutons tant : nous tromper.
4. Oser se tromper
Dans cette école de la vie, l'erreur n'est justement pas nécessairement un échec : elle peut au contraire devenir un formidable enseignement.
Nul besoin de tout comprendre, de tout réussir, ni même de toujours savoir où l'on va.
La vie ne se déroule pas en ligne droite, elle n’est pas une trajectoire linéaire, prévisible ni même logique : elle se découvre, s'expérimente et se réajuste.
Mais accepter de ne pas tout maîtriser suppose de composer avec une partie de nous qui, précisément, aimerait tout prévoir : notre mental.
5. Laisser le mental à sa juste place
Notre mental est un outil précieux pour analyser, comprendre et organiser, mais devient parfois une prison lorsqu'il prétend tout anticiper et tout contrôler. En un mot, lorsqu’il contrôle les principaux choix d’une vie.
Derrière l'illusion rassurante de la maîtrise, nos peurs peuvent construire un véritable sarcophage de certitudes et de croyances limitantes.
Au risque de confondre prudence et paralysie. Et peut-être de passer à côté de soi…
Alors, sans renoncer à la raison, pourquoi ne pas réapprendre à écouter une autre forme d'intelligence, plus intérieure, plus sensible ? Une intelligence instinctive en connexion avec le soi véritable...
6. Redonner sa place à l’élan du cœur
Face à un choix, nous pouvons nous demander : cette perspective provoque-t-elle un élan intérieur, une ouverture, ou au contraire un mouvement de fermeture et de repli ?
Nos sensations physiques sont des informations précieuses à accueillir avec discernement. Elles sont un GPS précieux qu’il est utile d’apprendre à écouter, pour maintenir un dialogue interne équilibré corps-cœur-âme-mental.
Et permettre ainsi au cœur, à l'intuition et à la raison de dialoguer plutôt que de se faire concurrence.
Mais attention : même lorsque nous croyons être à l'écoute de notre être profond, un personnage particulièrement habile peut encore s'inviter dans la danse. Notre ego.
7. L'ego spirituel, un grand acteur
On peut avoir beaucoup cheminé, avoir des connaissances et des pratiques vertueuses, connaître de nombreux rituels, parler d'amour universel, etc., et rester prisonnier, même partiellement, de son image.
L'ego spirituel est peut-être le plus subtil des déguisements : celui qui consiste à jouer le personnage de quelqu'un qui n'en aurait plus.
Même les plus grands enseignants spirituels sont incarnés dans un corps de matière et restent soumis à leurs failles, même minimes.
Ils peuvent, eux aussi, céder à la tentation de l’ego, car il est au centre d’un réajustement permanent entre de polarités contraires.
Illustration d’une manifestation égotique : la crainte du ridicule, paralysante, qui empêche de se réaliser, est un signal permettant d’identifier un ego qui n’est pas à sa juste place.
La véritable force intérieure réside justement dans ne plus chercher à paraître invulnérable, irréprochable ou parfaitement accompli.
8. Lorsque le plus vulnérable en apparence est en fait le plus solide…
Dans la fable de La Fontaine, « Le Chêne et le Roseau », le chêne impressionne par sa puissance, tandis que le roseau accepte de plier sous le vent.
Pourtant, lorsque survient la tempête, la rigidité du premier le condamne au déracinement tandis que la souplesse du second le fait ployer mais le maintient enraciné.
Voilà une magnifique image de la force intérieure : accueillir ses contradictions, assumer sa vulnérabilité, laisser les larmes couler (voire ployer parfois) sans jamais renoncer à rester bien enraciné.
Cette souplesse intérieure ne signifie pourtant pas tout accepter. Car rester ouvert à la vie ne suppose ni de renoncer à son jugement, ni d'abandonner son pouvoir de décision.
9. Cultiver le discernement
Une démarche qui impose, culpabilise, asservit ou crée de la dépendance contredit, à mes yeux, l'essence même d’un accompagnement sain.
L'ouverture de conscience nourrit le libre arbitre, la souveraineté personnelle et la capacité de discernement. Elle ne consiste pas à remettre les clés de sa vie à quelqu’un, mais à apprendre à les garder dans sa propre poche.
Finalement, tous ces apprentissages semblent converger vers une même invitation : cesser de vouloir dompter la vie pour apprendre à cheminer avec elle.
10. Finalement, apprendre à danser avec la vie…
C'est accueillir l'imprévu sans vouloir tout maîtriser, cultiver l'amour sans renoncer au discernement, pratiquer la bienveillance sans s'oublier et accepter d'être profondément humain, donc imparfait.
C'est sur ces fondements — ouverture de conscience, authenticité, non-jugement, liberté et autonomie — que repose ma démarche d'accompagnement : non pour indiquer aux autres qui devenir, mais pour les aider à retrouver qui ils sont.
Car la spiritualité, telle que je la conçois, ne nous apprend pas à devenir quelqu'un d'autre.
Elle nous invite à oser être nous-mêmes.
