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Le chemin que la maladie
m'a obligée à regarder...


Un chemin de conscience,
d'écoute de soi et de pouvoir d'agir

Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle ;

nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine.

C’est particulièrement important lorsque survient une épreuve.

​

Une maladie. Une séparation. Une perte.

Un effondrement professionnel. Une période où tout ce qui paraissait stable cesse soudainement de l’être.

 

Je ne crois pas que la vie distribue des bons points et des punitions.

Je ne crois pas davantage qu’une personne malade ait « mérité » sa maladie.

 

Je crois en revanche qu’une épreuve peut devenir un enseignement.

Et parfois, quelque chose semble revenir.

Sous une autre forme. Avec une autre personne. Dans un autre contexte.

Comme si la même question se représentait.

 

Peut-être parce que nous ne l’avions pas entendue. Peut-être parce que nous n’étions pas prêts. Peut-être parce que nous en avions compris une partie seulement.

 

La vie ne nous punit pas forcément.

Parfois, elle insiste.

 

Et alors, au lieu de rester uniquement dans :

Pourquoi cela m’arrive-t-il ?

 

On peut ajouter une deuxième question :

Qu’est-ce que ce que je traverse m’invite à regarder ?

 

Cette question a changé ma vie.

Ainsi que ma perception de la maladie.

On nous apprend à "faire", pas à "être"

Ecoute ton corps lorsqu'il chuchote,
tu n'auras pas à l'entendre crier

Notre société valorise extraordinairement le faire.

Que fais-tu dans la vie ?

Quel est ton métier ?

Qu’as-tu réussi ?

Combien gagnes-tu ?

Que produis-tu ?

À quoi sers-tu ?

Nous apprenons beaucoup moins à répondre à cette question :

Qui es-tu lorsque tu arrêtes de faire ?

Et cette question en ouvre immédiatement une autre : à quoi ou à qui est-ce que je m’identifie ?

Nous avons tendance à nous identifier à notre maladie, à notre métier ou à une caractéristique de notre personnalité.

J’ai peur du noir, et cela devient : je suis peureuse.

J’exerce le métier d’infirmière, et cela devient : je suis infirmière.

​

Peu à peu, tout cela devient une identité, alors que non. Nous ne nous réduisons pas à l’identité d’une peur, d’un trait de caractère ou d’un métier. Ce sont des facettes de nous, mais elles ne constituent pas toute notre personne.

S’identifier à cela, c’est se réduire à cela.

​

Et plus nous nous sommes identifiés à une facette, plus il devient difficile de nous en désidentifier ensuite. Lorsqu’on est infirmière et que l’on veut changer de métier, par exemple, le changement peut devenir très compliqué si l’on s’est identifié à son travail.

 

Il faut alors prendre conscience que l’on est beaucoup plus grand que cela, plus vaste.

Or je crois que le véritable chemin commence là.

​

Passer du faire à l’être ne signifie pas devenir passif, se couper des autres ou contempler son nombril.

C’est exactement l’inverse.

​

Plus je rejoins mon être profond, moins j’ai besoin de fabriquer un personnage.

Et plus je peux rencontrer réellement l’autre.

​

Sans masque. Sans rôle. Sans avoir constamment quelque chose à prouver.

L’alignement intérieur n’est pas un repli.

C’est un point d’appui.

Moi, j'ai commencé par ne rien entendre...

Lorsque la maladie est entrée dans ma vie, je n’ai pas compris tout cela immédiatement.

Je me suis d’abord effondrée.

Il y a eu la sidération.

Le refus.

La dégradation.

Puis une séparation. Deux enfants encore jeunes. Un déménagement. La nécessité d’assurer financièrement.

 

Pendant plusieurs années, j’ai vécu en mode survie.

Et je me cachais.

Très peu de gens savaient que j’étais malade.

 

Il fallait tenir.

Faire comme si.

 

Jusqu’au moment où ma situation s’est un peu stabilisée et où une pensée est apparue :

Il doit exister autre chose.

Alors j’ai cherché. J’ai expérimenté.

J’ai rencontré des médecins, des thérapeutes, des praticiens, des enseignants.

J’ai lu. J’ai travaillé sur moi. J’ai essayé différentes approches.

​

Certaines personnes m’ont énormément appris.

D’autres m’ont donné une seule pièce du puzzle.

 

Mais progressivement, quelque chose a changé.

​

J’ai cessé de chercher quelqu’un qui saurait pour moi.

​

Et c’est peut-être là que j’ai commencé à retrouver mon pouvoir.

​

Un médecin possède un savoir dont j’ai besoin.

Un thérapeute peut posséder un outil utile.

Un praticien possède une expérience.

​

Mais aucun ne possède ma vie.

​

Je peux écouter.

Questionner.

Chercher.

Comparer.

Accepter.

Refuser.

Changer de direction.

​

Je reste au centre.

​

Ce n’est pas refuser l’aide des autres.

​

C’est remettre chacun à sa juste place.

C’est cela, pour moi, le pouvoir d’agir.

​

Pas le pouvoir de tout contrôler.

​

Le pouvoir de répondre à ce qui arrive.

Parce que nous ne contrôlons pas tout.

Mais nous participons.

Entre ce qui m’arrive et ce que je vais en faire, il existe un espace.

Et cet espace m’appartient.

​

Avec le temps est venue aussi la confiance.

​

Pas une confiance naïve.

​

Pas l’idée que tout ira forcément bien.

​

Une confiance beaucoup plus simple : je ne sais pas encore comment, mais je reste disponible à ce qui peut apparaître.

Une rencontre.

Une phrase.

Un livre.

Une information.

Une intuition.

​

Une porte qui s’ouvre là où je ne l’attendais pas.

​

Hasard, coïncidence, synchronicité…

​

Le nom m’importe peu.

​

Encore faut-il être suffisamment présent pour le voir.

Et c’est peut-être là que commence pour moi la spiritualité.

​

Pas la religion.

Pas l’abandon de la raison.

​

Simplement cette conscience : je ne suis pas séparée de tout le reste.

Je suis une poussière dans quelque chose d’immense.

Et me savoir petite ne me rend pas insignifiante.

Cela me relie.

​

Après plus de vingt ans de maladie, je n’ai pas trouvé une vérité.

J’ai trouvé une posture de vie. 

Rester apprenante.

Écouter.

Questionner.

Ralentir.

​

Ne pas me réduire à ce qui m’arrive.

Ne pas remettre mon pouvoir entre les mains de celui qui prétend savoir.

​

Accepter de ne pas tout contrôler.

Continuer à chercher.

Continuer à apprendre.

Continuer à me transformer.

​

J’ai une maladie.

Je ne suis pas ma maladie.

​

J’ai traversé des épreuves.

Je ne suis pas mes épreuves.

​

Je suis l’être qui les traverse.

​

Et finalement, c’est peut-être cela que la vie essaie de m’apprendre depuis le début : ne pas chercher à la maîtriser.

​

Apprendre à danser avec elle.

​​​​

Ce chemin nourrit aujourd’hui ma manière d’accompagner : remettre la personne, dans toute sa complexité, au centre de son propre parcours.

 

Ce texte témoigne de mon parcours personnel et de ma conception de l’accompagnement.

Il ne constitue ni une explication médicale de la maladie ni un substitut à un diagnostic, un traitement ou un suivi médical.

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